Ôh IA, que feras-tu de moi

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Par Dan Dvoracek Web developer & web designer Le 23 février 2026
Ôh IA, que feras-tu de moi
Temps de lecture : 10 minutes

Tout le monde parle de l’IA, ça fait des mois que ça dure. Ça n’arrête pas d’évoluer, de s’affiner, de s’accélérer… et ça n’arrête pas de nous surprendre au point qu’on se demande maintenant où est la limite. En ce qui concerne la génération d’images ou de vidéos, les Reels envahissent les réseaux sociaux et tout le monde a déjà eu un aperçu des capacités de ces IA dont nous vous parlions il y a une année déjà. Mais qu’en est-il du code ? On voit de plus en plus de vidéos sur LinkedIn, Instagram ou TikTok de gens qui se disent capables de créer des sites entiers en quelques heures ou quelques prompts. Mais qu’en est-il vraiment ? Est-ce réel ?

Il y a encore deux-trois ans, je dois l’admettre, j’étais assez sceptique quand il s’agissait d’évaluer la pertinence de l’autocomplétion de Copilot ou des débuts de ChatGPT dans le contexte du code. C’était un gain de temps plus ou moins négligeable et les fonctionnalités étaient somme toute assez limitées dans le sens où l’on ne pouvait pas vraiment donner une vision globale de notre projet à l’IA. Cela a vite remplacé les recherches Google, mais pour produire du code à plus grande échelle, c’était encore insuffisant. Mais ça, c’était déjà hier et la réalité d’aujourd’hui est totalement différente.

En peu de temps, les choses ont complètement changé. De nouveaux acteurs sont apparus et il existe désormais plusieurs solutions qui, si elles sont bien utilisées, proposent des résultats bluffants. Le but ici n’est pas d’en faire la liste ni de rédiger une dissertation sur les avantages et inconvénients de chaque solution. Ce qui nous intéresse au sein de Strangebots, c’est l’impact de l’IA sur notre travail : quelle est la meilleure manière de travailler avec ? Quelle est la meilleure manière de facturer le travail produit à l’aide de l’IA ? Qu’est-ce que cela change concrètement dans notre quotidien et comment va évoluer notre profession ?

Ce sont ces questions qui nous préoccupent en tant que développeurs web indépendants et force est de constater que cela va changer énormément de choses, qu’on le veuille ou non. Ce qui est certain, c’est qu’il ne faut pas laisser le train passer. Guidés par notre passion, cela fait maintenant plusieurs mois que nous expérimentons à petite et plus grande échelle chez Strangebots et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’IA devient un allié de taille, voire un employé à plein temps.

L’IA et le code: viser la qualité, non la rapidité

Qu’il est tentant de donner une confiance aveugle à l’IA ! Même pas besoin de savoir coder ! Quelques prompts et l’IA vous crache un semblant de site ou d’application et vous êtes impressionnés. Le problème, c’est que vous n’avez aucune idée de ce qui se cache derrière la belle façade : vous ne savez pas quelles sont les technologies utilisées ni même ce qu’elles impliquent. Le site est-il dynamique ? Peut-il évoluer ? Comment l’héberger ?

Le travail d’un développeur web, c’est aussi et surtout ça : faire des choix rationnels pour vous afin de ne pas vous embarquer dans quelque chose de surdimensionné ou de « overkill » comme on dit dans le jargon. Il est donc doublement important de piloter cette IA de manière à garder le contrôle sur ce qu’elle produit, au sens technique du terme, si l’on veut garantir un code à la hauteur des attentes des clients. Dans le cas contraire, l’IA pour coder peut devenir un doux rêve, car quiconque s’y aventure sans rien y connaître risque gros.

En ce sens, l’expérience d’un développeur est grandement valorisée grâce à l’IA : un développeur expérimenté saura vous emmener loin avec son aide et, à l’inverse, un développeur sans expérience risque de vous mener au crash s’il ne comprend pas certains concepts fondamentaux ou qu’il ne vérifie pas ses réflexions comme il faut.

Chez Strangebots, nous pensons qu’il est important de valoriser l’expérience de nos développeurs, car c’est sans aucun doute elle qui fera la différence à l’avenir.

Claude Code

Le véritable game changer, c’est lui. Pas parce qu’il sait coder. Pas parce qu’il est à l’aise avec un nombre infini de technologies. Claude Code a tout changé car il permet de planifier avec détail et précision. En effet, son mode planification était la pierre qui manquait à l’édifice pour que je sois (personnellement) entièrement convaincu par l’usage de l’IA pour coder.

Concrètement, voici comment ça fonctionne. Avant de toucher à une seule ligne de code, nous préparons le terrain : nous fournissons à l’IA un dossier complet sur le projet, sa structure, ses technologies, ses contraintes et les bonnes pratiques. C’est un travail de cadrage minutieux, bien plus poussé qu’une simple initialisation. Plus ce cadrage est précis, plus l’IA sera pertinente dans ses propositions.

Une fois ce socle en place, nous formulons notre demande et l’IA nous revient avec un plan détaillé : quels fichiers seront touchés, créés ou supprimés et ce qui changera exactement dans chacun d’eux. L’intérêt, c’est que ce plan n’est pas figé. À chaque étape, je peux valider, refuser ou discuter de la pertinence d’une solution proposée. C’est un véritable dialogue technique.

Et c’est précisément là que ça devient déterminant. C’est dans cette phase d’affinage que la cohérence d’un projet se joue et c’est à ce moment précis qu’un développeur est en mesure de garder non seulement le contrôle, mais aussi une vision globale de l’ensemble. Sans ce travail de pilotage, on laisse libre cours à l’IA de faire comme bon lui semble. À ses risques et périls.

Qu’en est-il en termes de temps de développement ?

La réponse est double. Oui, ça change la rapidité de développement, c’est incontestable. Certaines tâches triviales ne prennent plus des heures, elles prennent quelques dizaines de minutes. Je pense notamment aux tests qui sont nécessaires mais ennuyeux à mettre en place. Personnellement, ce n’est pas la partie de mon travail qui me fait le plus vibrer, mais avec l’IA, tout ceci devient plus digeste. À contrario, je passe beaucoup plus de temps à rechercher, à relire, à réfléchir et à contrôler chaque ligne de code générée. Avant l’IA, une Pull Request n’avait rien d’autre de nouveau pour moi que le travail de mon collègue. C’était donc un processus assez linéaire, d’autant plus que nous travaillons en petite équipe et avons tous une connaissance détaillée de chaque projet. Avec l’IA, ce travail de relecture prend plus de temps, bien plus qu’avant s’il est fait sérieusement.

À la question « est-ce que cela change tout ? », je dirais oui, absolument. Mais c’est surtout la façon de travailler (ou même d’apprendre) qui évolue profondément. En ce qui concerne le nombre d’heures impliquées dans le développement, il y a un glissement des heures qui servaient à coder vers des heures qui servent maintenant à l’expertise et au contrôle. Certes, on gagne du temps en produisant avec l’IA, c’est incontestable. Dire le contraire serait mentir. Mais le gain de temps n’est peut-être pas aussi substantiel (globalement) que certains l’imaginent, car l’IA modifie notre travail au sens large et ne remet pas uniquement en question notre capacité à coder. En réalité, elle remet profondément en question notre capacité à réfléchir, car chaque codeur vous le dira : il est essentiel de savoir comment s’articule votre projet.

Et côté facture alors ?

Chez Strangebots, nous restons encore prudents avec l’IA. Une production 100 % IA n’est pas à l’ordre du jour, bien que nous expérimentions très largement sur des projets internes ou nos « pet projects ». Pour les projets clients, c’est surtout sur les tâches triviales ou en « micro-tâches » que nous l’utilisons, puisqu’elle est toujours plus performante avec des contextes précis et moins volumineux. De cette manière, on s’assure de garder le contrôle du projet et de cultiver une mémoire (humaine) qui lui est propre. La question de la facture finale reste donc variable : il y a des projets où l’IA nous apporte plus que d’autres. La vraie question à se poser serait sans doute : comment facturer le travail produit à l’aide de l’IA ?

Vous l’aurez compris, mon avis est que l’expertise des développeurs devrait être valorisée, car sans elle, l’IA ne vous garantit pas un résultat à la hauteur. J’aurais donc tendance à dire qu’il faudrait augmenter son tarif horaire, d’autant plus qu’un développeur peut maintenant faire le travail de quatre s’il en a l’expertise.

Chez Strangebots, nous abordons ceci avec vigilance. Pour le moment, nous estimons toujours le travail comme si nous devions le faire nous-mêmes. En revanche, nous avons désormais de plus en plus souvent la possibilité de faire des gestes envers les clients quand il s’agit de boucler des projets, ce qui est très agréable en tant que freelance (…). Après tout, nous préférons faire une bonne surprise aux clients en fin de projet plutôt que d’avoir à justifier le cas inverse.

Alors, IA, que feras-tu de nous ?

Pour répondre à la question posée en titre : l’IA ne fera de nous que ce que nous déciderons d’en faire. C’est un outil extraordinaire, peut-être le plus puissant que notre métier ait connu, mais un outil reste un outil. Mal piloté, il produit du code fragile derrière une belle façade. Bien piloté, il décuple les capacités d’un développeur expérimenté.

Ce qui ne changera pas, c’est le besoin de comprendre ce que l’on construit, de faire les bons choix techniques et de garder une vision globale des projets que nous produisons. Ce qui change, en revanche, c’est que ces compétences deviennent plus précieuses que jamais. L’IA ne remplace pas la réflexion, elle la rend indispensable.

Chez Strangebots, nous voyons cela comme une opportunité, celle de nous concentrer sur ce qui a toujours fait la valeur de notre métier: l’expertise, le discernement et la relation de confiance avec nos clients. Le reste, on a désormais un sacré coup de main pour le faire.

À propos de l'auteur

Dan est passionné par la création numérique et le développement web. Il a débuté sa carrière à Londres après des études en Suisse et au Royaume-Uni et c’est depuis 2019 qu’il travaille en tant qu’indépendant en Suisse. Il transforme ainsi les visions de ses clients en réalités numériques tout en alliant créativité et expertise.

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